Le mythe du redoublement

Un grand naïfLa réforme a amené la disparition, en partie, du redoublement comme c’est le cas en première secondaire puisqu’il s’agit d’un programme de cycle s’échelonnant sur 2 années.

Je ne lancerai pas ici de débat sur ce sujet parce que ce n’est pas mon objectif. Il est possible de lire différentes opinions sur les bienfaits ou les méfaits du redoublement sur internet.

Cette année, c’était la première fois que j’enseignais en première année du premier cycle… et ce sera la dernière! Pourquoi me direz-vous? Tout simplement parce que ça me déprime…

Ce qu’il y a de merveilleux avec la réforme, c’est que, durant un bon nombre d’années, dès le primaire, les élèves qui n’avaient pas les acquis nécessaires pouvaient tout de même poursuivre leur cheminement scolaire et progresser au fil des années.

Il en est de même cette année. Je n’aurai jamais autant entendu de «pas grave, tout le monde passe» sortir de la bouche de mes élèves… et de certains parents.

Résultat: certains se foutent de tout.

Un examen? Pas grave, je n’ai pas besoin d’étudier, car, de toute façon, même si j’ai 30%, je vais passer pareil!

Je n’ai pas terminé un examen? Pas grave, je n’ai pas besoin de venir à la récupération pour le terminer, car, de toute façon, même si j’ai 30%, je vais passer pareil!

Que c’est motivant de voir cette attitude et de s’investir à préparer des projets alors que, de toute évidence, la moitié du groupe n’a pas l’intention d’y mettre un effort quelconque!

Question: comment peut-on être en mesure de progresser et de réussir au niveau supérieur lorsque tu n’as presque rien acquis comme connaissances?!? Ce n’est pas pour rien que j’ai l’impression d’enseigner à des illettrés…

Par contre, où il y a un os, c’est que ce n’est pas tout à fait vrai qu’ils ne peuvent pas redoubler…

Si les parents signent une autorisation écrite (certains refusent, car ils ont, eux aussi, comme leur enfant, la pensée magique) et que l’école peut prouver que l’élève a réellement des difficultés d’apprentissage et non pas des troubles de comportement qui nuisent à ses apprentissages lors de inspections du ministère (oui! oui! des fonctionnaires se déplacent parfois!), notre commission scolaire permet à notre établissement de faire redoubler une dizaine d’élèves en première secondaire. C’est dans la méthode de sélection de ces élus que ça se gâte cependant…

Tant qu’à en choisir un certain nombre, aussi bien, choisir ceux qui sont véritablement en difficulté, ceux et celles qui travaillent fort (ou presque) et pour qui la reprise de cette année pourra peut-être leur permettre de mieux réussir dans le futur…

L’idée est noble, mais je me questionne sur le message lancé: ne fais rien et tu auras la chance de passer; travaille un peu et tu redoubleras.

Dans les faits, le raisonnement est le suivant: étant donné qu’il y a un bilan en deuxième secondaire et que l’échec de ce bilan entraîne le redoublement de l’élève, ceux qui ne font rien iront se casser les dents puisque, de toute façon, ça ne donne absolument rien de s’investir sur des élèves qui ne travaillent pas! Ce n’est pas pour rien que le niveau où l’on retrouve maintenant le plus grand nombre de groupes dans plusieurs écoles de ma région est le deuxième secondaire!

Aussi, un élève qui a un ou deux échecs ne peut pas être considéré comme potentiel «doubleur». Que ce dernier «coule» mathématique et anglais ou éducation physique et arts plastiques, c’est la même chose!

Il semblerait que ça fait des 3 ans que l’on procède ainsi. Moi qui m’offusquais du surréalisme de la situation, je me suis fait dire par un collègue: «Bah! C’est niaiseux, mais c’est de même que ça marche!»

Abdiquons alors!

Devant cette belle façon de procéder, je préfère naïvement aller me cacher au deuxième cycle alors qu’une certaine «sélection naturelle» s’est déjà faite et me dire:

«Ah oui! Tout le monde, il est bien; tout le monde, il est fin et tout le monde, il est intelligent!»

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6 commentaires


[...] dit vrai? J’aimerais bien lire la consigne officielle du MELS à cet effet, car, selon ma propre expérience, j’accorderais plus mon vote aux propos de Monsieur Perron. Partager ce [...]


 
Vascart
29 juin 2009 à 08:47

Je ne suis absolument pas d’accord avec votre analyse… Avant même cette réforme l’éducation française allait bien mal. Au niveau mondiale l’éducation de la République est classée 34 ème bien loin derrière ses voisins Suédois,Anglais,Allemands et même Espagnols. Vous critiquez la médiocrité des élèves qui passent trop facilement mais moi je critiquerais plutôt la médiocrité des enseignants qui n’ont pas su leur faire apprendre ou plutôt qui n’ont pas su leur donner le goût d’apprendre. Quand je pense que les élèves français sont en cour plus de 7h par jour en sortant la tête pleine et qu’ils n’ont même pas encore fait leur devoirs alors qu’en Grande Bretagne ils n’apprennent que 4h ça me laisse sans voix. Encore une chose sidérante… Pourquoi les professeurs ne sont pas notés ? Ma fille m’a dit un jour que son professeur d’histoire passait son temps à écrire sur le tableau en expliquant rien… Le cour était ennuyeux au possible et ne lui donnait absolument pas envie de l’apprendre. Résultat, elle avait une très mauvaise moyenne en histoire. J’ai appris que ce professeur était parti à la retraite l’année suivante.
Inutile de vous que je trouve le système scolaire français très mauvais. Faire redoubler un enfant ne sert à rien… Au contraire, ça le fait perdre la confiance qu’il avait en lui et ceux qui passent sont très vite exténués et blasé d’apprendre. Je le sais car je suis enseignante à Paul Sabatier… Tout le système scolaire est fait pour trier les élèves afin de les préparer aux concours des grandes écoles ” l’élite de la nation française “… Alors qu’un africain ou même un asiatique ne sait pas ce que c’est que l’école normal supérieur mais leurs yeux s’illuminent en entendant le doux nom d’ Havard ou de Cambrigde.


 
Isabelle Thomas
29 juin 2009 à 09:05

Redoubler pour repartir du bon pied? En France, les clichés ont la vie dure. Alors que tous les experts dénoncent cette solution «injuste» et «inefficace», les profs continuent de l’utiliser et le ministère s’y raccroche

Pour Lucas, 14 ans, en quatrième dans un collège parisien, le couperet est tombé il y a quelques jours, après le conseil de classe du troisième trimestre. «Je redouble», avoue-t-il, accablé. Honte et découragement. Honte, «parce que c’est la preuve que je ne suis pas au niveau», dit-il. Découragement, aussi, à l’idée «qu’il faut tout reprendre, et sans les copains». Ses parents ont accepté le verdict. Tant pis. Comme quelque 5% des élèves chaque année, Lucas va faire les frais d’une solution «injuste, inefficace sur le plan pédagogique et coûteuse», selon le mot de Jean-Jacques Paul, directeur de l’Institut de Recherche sur l’Education (Iredu), qui a passé au crible les études françaises et européennes sur le redoublement (1).
Les habitudes ont la vie dure. L’Education nationale s’entête. Le ministre de l’Education François Fillon souhaitait il y a quelques jours que «l’on tienne plus compte de l’autorité des enseignants dans le processus de décision du redoublement». Une manière d’en réaffirmer l’utilité et de revenir sur l’esprit de la loi d’orientation de 1989 qui en avait freiné l’usage. A l’époque, précisait le texte, il n’était bien sûr pas question d’interdire le redoublement «mais simplement de le limiter au maximum car, souvent vécu comme une sanction, il doit être réservé à des cas bien particuliers d’échec scolaire». De leur côté, beaucoup de professeurs continuent de croire à la rédemption par la répétition. «Redoubler est une chance», disent-ils. «Pour reprendre son souffle», «repartir du bon pied», «combler ses lacunes»… On connaît ces arguments par cœur. Moyennant quoi, la France reste dans le peloton de tête des pays où l’on redouble: 36,7% des élèves de 14 ans ont au moins un an de retard. Seul en Europe, le Portugal fait pis (39,6%).
Les chercheurs en éducation qui travaillent sur des cohortes, et non sur des cas particuliers, sont bien forcés de constater que le redoublement rate son objectif. Les performances des petits Français sont plutôt moins bonnes que celles des élèves de pays où l’on pratique le passage automatique dans la classe supérieure, comme la Grande-Bretagne, l’Irlande, les pays scandinaves (voir encadré)… Et plus il est pratiqué tôt, plus il se révèle toxique. Thierry Troncin, chercheur à l’Iredu, travaille sur le cours préparatoire (CP), première année phare de l’école obligatoire, où l’enfant apprend à lire et à écrire. «A niveau initial égal, les élèves faibles qui passent en CE1 progressent mieux que les élèves faibles qui sont “maintenus” au CP, résume-t-il. Les redoublants de CP vont progresser la deuxième année, certes, mais restent fragiles dans les domaines où ils étaient fragiles, et ne rattrapent pas la moyenne de la classe.» Malgré ce constat peu encourageant, plus d’un élève par classe est contraint en moyenne de repiquer son CP. Et à la fin de l’école primaire, un enfant sur quatre est déjà en retard.
Même scénario au collège, où le redoublement concerne environ un élève sur dix en classe de 6e, un sur douze en 4e et encore un sur quatorze en 3e (cf. graphique). Avec quelle efficacité? François Antoniotti, trente ans de pratique comme conseiller pédagogique au collège Maurice-Utrillo à Paris, ne cache pas son scepticisme: «Dans neuf dixièmes des cas, les enfants travaillent moins bien la deuxième année.» Ironie du sort: les très «mauvais» collégiens, ceux qui ont plus d’un an de retard, passent, eux, automatiquement dans la classe supérieure. Car les profs qui les jugent souvent «perdus» ou «irrécupérables»Au lycée, les résultats sont un peu moins mauvais. Et la décision de redoubler mieux assumée par l’élève qui préfère se donner tous les moyens pour aborder une première scientifique, par exemple, ou tente simplement de repasser le bac, bien sûr. Mais ce n’est pas la panacée. Mathieu, 24 ans, en a fait les frais: «J’ai repiqué ma seconde générale pour passer en première S. Je n’avais rien fait la première année, j’en ai encore moins fait la seconde. J’ai fini par passer ric-rac.» L’année suivante, il a raté son bac et lâché ses études. L’institution n’avait pas réussi à le raccrocher.
Les parents oscillent entre fatalisme et pugnacité. A tous les niveaux, on en trouve pour s’opposer farouchement à la décision du conseil de classe. Ils sont souvent entendus, ce qui met les enseignants de mauvaise humeur. Ce père, journaliste, se souvient d’avoir ainsi retourné la situation. Son fils Alexandre n’était pas accepté en première. «J’ai fait appel. On m’a convoqué. J’ai parlé un quart d’heure, comme au tribunal, devant cinq ou six dignitaires de l’Education nationale, j’ai plaidé le sérieux d’Alexandre, le choc que représentait pour lui cette sanction, et j’ai été entendu.» Il a bien fait: l’année suivante, Alexandre a eu son bac du premier coup. La maman d’Olivier, à Lyon, a mis elle du temps avant de trouver la bonne solution. «Depuis le CP, Olivier faisait un blocage. Les tests montraient qu’il avait une intelligence normale, mais il n’accrochait pas en classe. Chaque année, je refusais qu’il redouble. Pourquoi ce qui avait échoué la première année aurait marché la seconde?» Elle le change d’école plusieurs fois. Sans que ça aille mieux. Chaque fois, il est relégué au fond de la classe. Même quand elle est de bonne volonté, la maîtresse n’a pas le temps de se consacrer à lui. La maman finit par le mettre dans une école Montessori, petits effectifs, prise en compte du rythme de chacun. Olivier s’y épanouit, fait tout de même un second CM2, sans se sentir paria. Résultat: «Il va passer en 6e dans de bonnes conditions
Géniteurs et experts parlent d’une même voix. Un: le redoublement est humiliant, il stigmatise l’échec. «Il entame l’estime de soi, fondamentale dans la motivation à travailler», dit Serge Boimare, psychopédagogue au centre médico-pédagogique Claude-Bernard à Paris. «Il est comme une condamnation dans un casier judiciaire, une marque indélébile et infamante», estime de son côté Thierry Troncin. Deux: le redoublement évite de poser les bonnes questions. «Pourquoi l’élève échoue-t-il? Quelles solutions va-t-on lui proposer pour qu’il réussisse? », martèle Georges Dupont-Lahitte, président de la FCPE, principale fédération de parents d’élèves. «Si un élève ne travaille pas parce qu’il n’est pas motivé, rien ne sert de le faire redoubler. Il faut trouver la cause du blocage. Et s’il ne réussit pas parce que ça va trop vite, rien ne sert de remettre le couvert. Il faut qu’il puisse travailler autrement, avec des professeurs formés à cela», poursuit Serge Boimare. Cheminer, oui, mais autrement.
Or l’Education nationale ne sait pas faire dans la dentelle. «Avec le redoublement, on utilise une tronçonneuse, alors qu’il faudrait un scalpel», résume Marcel Crahay, professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’Université de Liège, en Belgique. L’Alma Mater ne pratique pas le sur-mesure, ces «solutions différentes» dont rêve Chantal Mouriacoux, professeur d’histoire à Paris: «Adopter une plus grande souplesse, progresser par unités de valeur plutôt que par années de programme…» «Pouvoir accéder à la classe supérieure dans les matières qui marchent, et être pris en charge par petits groupes dans celles où l’on a des difficultés», lui répond en écho Isabelle Scharer, professeur de lettres, qui a vu ce système fonctionner pour des classes de 5e dans un collège de l’Essonne. «C’était efficace. Il aurait fallu pouvoir le généraliser à tous les niveaux», dit-elle.
Faute de disposer de solutions d’accompagnement pour ces élèves fragiles, les enseignants continuent à opter pour le redoublement dont le coût jusqu’à la classe de 3e s’élève quand même à 2,3 milliards d’euros par an, soit 3,8% des dépenses que l’Education nationale consacre au primaire et au collège. Une somme qui, investie autrement, pourrait peut-être permettre de généraliser les initiatives d’accompagnement individuel qui ont fait leurs preuves. Oui mais voilà, c’est tout notre système scolaire, rigide et sélectif, qu’il faudrait alors revoir. «En France, l’élève doit se soumettre à une organisation prédéfinie par disciplines, par années, par programmes, par classes, et certains enfants n’y trouvent pas leur compte», regrette Thierry Troncin. Le procès du redoublement renvoie à l’injustice de cette école, qui, tout en prétendant accueillir tous les enfants, en laisse tant sur le bord du chemin.


 
Charles Samares
29 juin 2009 à 10:43

@Vascart: Il m’est difficile de vous contredire, car, dans mon billet, je critique le système «québécois» (qui, dans les faits, est appliqué différemment d’une école à l’autre). J’ignore ce qu’il en est en France…


 
C'est moi !
23 nov 2009 à 16:21

M.Vascart, je me démène comme un diable dans l’eau bénite, dans une classe attentive en silence en expliquant mes notions historiques. Mes élèves m’aiment, ils travaillent fort et sont quand même en échec par manque de rigueur, manque d’acquis préalables. Que puis-je faire de plus ?


 
Cossin (mot inconnu des Français)
24 déc 2009 à 14:29

M.Vascart, Vous êtes en train de me dire que c’est l’enseignant qui doit donner le goût???? Le goût de quoi? Et la politesse? Et le respect? Des valeurs apprises à l’école? Non, à la maison! Le désintéressement de la maison. Voilà la vraie question. Les parents (pas tous) n’y sont plus.

Avant de critiquer la médiocrité des enseignants, vérifiez donc la médiocrité de vos propos.


 

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Copyright © 2010 Charles Samares - Blogue d’un enseignant au secondaire. Thème inspiré de Laptop Geek. Traduction WordPress tuto.