J’ai mal à ma langue!
Faut-il se surprendre du faible taux de réussite des étudiants du cégep aux examens de français ?
Je ne pense pas…
Au secondaire, ça fait des années que l’enseignement du français est une odieuse passoire… et ce n’est qu’un début avec la possibilité pour un élève de réussir durant l’année ou à la fin de l’année lors du bilan!
La valeur des diverses compétences est «construite» de façon à faire passer un maximum d’élèves.
De la 1re année à la 4e année du secondaire:
- Lire et apprécier des textes variés: 40%;
- Écrire des textes variés: 40%;
- Communiquer oralement selon des modalités variées: 20%.
Comme vous pouvez le constater, l’écriture ne compte même pas pour la moitié de la note totale.
En 5e secondaire:
- Lire et apprécier des textes variés: 40%;
- Écrire des textes variés: 50%;
- Communiquer oralement selon des modalités variées: 10%.
Il y a certes amélioration…
Cependant, il serait naïf d’oublier que, dans tout ce processus, l’application des diverses règles de grammaire, de l’orthographe d’usage, de la syntaxe et de la ponctuation ne vaut que 40% du résultat total lors d’une production écrite.
Ainsi, de ce fameux 50% seulement 20% touche le domaine de la «faute» pure et dure!
À cela s’ajoute le fait que, si la tendance se maintient, les examens de lecture de fin d’année (bilan) sont parfois d’une simplicité déconcertante. D’ailleurs, un collègue qui enseigne en quatrième secondaire me racontait qu’il avait été insulté en constatant combien l’examen de juin dernier avait été facile pour les élèves et qu’il se demandait pourquoi il s’était donné la peine de transmettre des connaissances durant 8 mois alors qu’un élève de première secondaire aurait été en mesure de le réussir.
Il est tout à fait normal de voir nombre d’illettrés fonctionnels réussir et parvenir à atteindre le niveau supérieur, c’est-à-dire le cégep!
À ce triste constat s’ajoute l’indifférence de la population en général. Foglia le démontrait bien ce samedi dans La Presse.
Tout le monde connaît quelqu’un qui a réussi dans la vie sans savoir écrire plus qu’il ne le faut. Conclusion: tout le monde peut réussir en ne sachant pas s’exprimer convenablement à l’écrit ou en ne sachant pas lire… J’exagère à peine…
Il serait grand temps de commencer à s’en faire…
Fiston est arrivé la semaine dernière avec la copie de sa dictée corrigée qu’il devait me faire signer.
Résultat: A
Très bien!
Commentaire de l’enseignante sur sa copie: «Travail d’une grande qualitée! Phrases bien accordés!»
Il se fait effectivement tard pour agir: le fait de ne pas savoir bien écrire a déjà atteint l’université!
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Peu (sans t) importe (les mots qui suivent contiennent une bonne dose d’ironie !), on peut devenir sénateur sans avoir appris à lire à l’école, alors…
(Insérez ici un très, très profond soupir !)
Bonjour,
Je suis un enseignant qui fait des fautes. Je suis un produit de notre système. Rassurez-vous, je n’enseigne pas le français… et je me soigne. Toujours est-il que l’université m’a accordé mon diplôme après m’avoir fait passer le test «SEL» (que j’ai réussi à 75% pile!).
Oui, on laisse passer nos élèves (en français, mais dans d’autre matière aussi). On se félicite du taux de réussite ou on s’en insurge, mais ce fameux taux de réussite est faux. Imaginez s’il fallait faire redoubler les élèves de cinquième secondaire qui ne savent pas écrire comme il faut, notre système «exploserait».
Personne ne veut prendre le blâme. Ce n’est pas la faute du MELS, il offre les programmes et les ressources, les évaluations et tout… leurs fonctionnaires ne peuvent (veulent) pas prendre le blâme. Et les enseignants? Ils font ce qu’ils peuvent avec le temps qu’ils n’ont pas et les élèves qu’ils ont (comme dans 32 élèves par classe). Et les élèves? «Ben, Monsieur, je passe…!» Et les parents? Ils font confiance à l’école.
Je suis (un peu) dislexique, je suis un créatif qui écrit vite pour ne pas oublier et qui rêve en se relisant. Je n’ai pas étudié mon français au secondaire, je ne connais pas mes temps de verbe et je ne peux pas vous expliquer l’accord d’un participe passé. C’est une honte, une plaie que je traîne avec moi.
Je ne crois pas que je devrais lâcher l’enseignement. Lorqu’un élève vient me dire «Monsieur, avec vous je cromprends», je sais que je fais du bon travail. Mais lorsque j’écris au tableau, j’ai la chienne. C’est pourquoi j’utilise PowerPoint et Antidote, c’est pourquoi j’ai mon portable et c’est pourquoi je demande de l’aide (et avoue ma faiblesse) à mes confrères et consoeurs.
Je ne demande à personne de me donner l’absolution et je ne sais quoi penser de ceux qui me jugerons, sévèrement ou non. Voilà, c’est mon petit témoignage, sans l’aide d’Antidote! N’hésitez pas à me corriger, ce sera une occasion d’apprendre.
Et puis j’ai envie d’ajouter quelque chose. Je suis de ceux qui ne se sont pas empêché d’écrire par peur de faire des fautes. Combien de bonne idée et de mots meurent dans la tête de nos élèves (et de leurs parents) parcequ’ils ont peur de l’écrire, parce qu’ils ont peur de se faire dire: Bonne idée, mais t’as fait une faute là! Des gens se taisent parce qu’ils ont peur d’être reconnu coupable d’avoir fait une ou des fautes (Un crime impardonnable au yeux de trop de gens). J’essaie d’encourager les idées de mes élèves, de les motivers et de construire leur confiance en eux… mais je ne fait pas tout un plat de la qualité de leur français. Attention, je ne ferme cependant pas les yeux: je corrige le français de mon mieux (le mien est quand même meilleur que le leur) et je demande des corrections, un apprentissage.
On parle beaucoup de l’intégration des TIC en classe. Si le fait d’avoir un clavier entre les mains et de pouvoir écrire au monde (et non juste au professeur) fait en sorte que nos élèves écrivent plus, peut-être écriront-ils mieux, peut-être s’exprimeront-ils mieux. Nous devons créer un cercle virtueux avec le français et son pouvoir, et non un cercle vicieux avec le français et ses fautes.
Bon, je me relis et j’appuie sur envoyer.
Merci de m’avoir lu.
Merci cher prof pour ce long (et honnête) témoignage!
Je ne voulais assurément pas «tirer» sur mes pairs par mon billet. D’ailleurs, je n’ai même pas fait de commentaires sur ses erreurs à l’enseignante de mon fils.
Je désirais plutôt démontrer le ridicule du système d’éducation et le pourquoi de la piètre performance de certains élèves.
On se paie une conscience tranquille en permettant à plusieurs de réussir même s’ils ne possèdent pas tous les acquis. Comme tu l’affirmes si bien, notre système exploserait si l’on évaluait à leur juste valeur nos élèves.
Il m’apparaîtrait difficile pour le gouvernement, les commissions scolaires, les directions, les enseignants d’affirmer que 50% des élèves ne maitrisent pas leur langue! De là, l’illusion de la réussite.
Mais tout cela ne date pas d’hier… Je ne sais depuis combien d’années on affirme que les jeunes ne savent plus écrire.
Pour ma part, je me suis toujours bien débrouillé à l’écrit. Non pas parce que je connaissais mes règles de grammaire par cœur, mais parce que je lisais beaucoup. Ce que l’on voit de moins en moins chez nos élèves.
On aura beau dire qu’on leur fait lire de 4 à 5 œuvres littéraires par année, il n’en demeure pas moins que, dans les faits, certains lisent que le cinquième de ces œuvres…
Salut “prof qui a (pas d’accent) honte de lui”
Tu ne devrais pas avoir honte car ta syntaxe est excellente me semble-t-il (Charles tu peux commenter). Je suis un enseignant dans la trentaine et j’ai appris à apprécier la lecture à 21 ans (après mon bacc.) et à écrire en “ayant la chienne d’écrire au tableau”. Ce qui est grave pour un jeune enseignant, c’est de mettre la faute sur la société, le système, de faire semblant de savoir écrire et de se foutre totalement d’avoir le devoir de s’améliorer. Ce qui n’est pas ton cas il me semble…
Faire l’effort !!! Plus ça va, plus je remarque que faire l’effort n’existe plus. Je remarque aussi que les jeunes enseignants actuels ont les mêmes défauts que les élèves que j’ai eus il y a 7 ou 8 ans (?!?) Si l’effort n’existe plus aujourd’hui parmi mes élèves, je m’attends à ce qu’il n’existe plus auprès de mes collègues dans 7 ou 8 ans ! Les enseignants ont les défauts des ados qu’ils étaient. Non ! Les adultes, en général, ont les défauts qu’ils avaient en tant qu’ados. Pourquoi c’est ainsi ? Parce que corriger ses défauts, c’est le plus grand défi humain et que peu se décident à y remédier.
Dans ton cas, prof qui a honte, je crois que tu veux t’en sortir: c’est la clé. D’ailleurs, tel que demandé, je te fais part de quelques fautes:
…ceux qui me jugerons, sévèrement … jugerons s’accorde avec “ceux” 3ième pers pluriel donc, jugeront.
… Combien de bonne idée et de mots meurent…. tu as mis mots au pluriel et bonne idée au singulier. Bonnes idées
…parcequ’ils ont peur de l’écrire, parce qu’ils … faute de frappe, je te la donne celle-là ! Parce qu’ils séparé…
…de les motivers et … Motivers, verbe à l’infinitif, enlève le s il ne s’acorde pas avec les.
…mais je ne fait pas… Fais, avec un s il me semble ! 1ère personne du singulier
Il a en a peut-être d’autres mais je crois que celles-ci sont les plus flagrantes. Pendant que je relisais ton texte, je me disais que tu fais peu de fautes et toi tu oses parler de ta “faiblesses” Imagine qu’il y a des profs qui font semblant d’être bons mais qui sont pitoyables et qui se taisent; ÇA C’EST GRAVE !
Comme disait le vieil adage: “Tomber, c’est humain; se relever, c’est divin; rester à terre c’est sans dessein” (oui, oui avec un e pour dessein)
C’est moi ! (Qui peut aussi avoir quelques fautes !)
À Sylvain,
Malgré la certaine inutilité du Sénat (c’est mon avis), malgré mon indifférence vis-à-vis Jacques Demers, l’autorité morale qui nous permet de juger de certaines lois ne vient pas avec l’ortographe et la syntaxe. Mon père, diplômé (!?!) d’une troisième année forte, a la capacité de juger de certains comportements avec une exactitude déconcertante. Martineau, Foglia, Bombardier qui ne font aucune faute d’ortographe sont capables de très belles réflexions habituellement. Par contre, certains de leurs propos sont dignes de sombres idiots …
Ce n’est pas par l’écriture que l’autorité morale s’installe, c’est par l’expérience, le jugement. Dans le cas de Demers, que je n’apprécie pas particulièrement, je ne voudrais pas avoir marché 1 mile dans ses souliers. Mère battue, enfants battus, etc. Pour gagner la coupe Stanley et avoir réussit sa vie à ce point… Tu es un drôle de juge Sylvain. Malgré ses succès, je ne te souhaite pas la moitié des problèmes de Jacques Demers.
De plus, aucun élève ne m’a fait le commentaire en disant que c’est pas grave de ne pas savoir écrire à cause de Jacques Demers. Je crois que c’est un commentaire de personnes mal intentionnées qui n’ont rien à se mettre sous la dent en tant que journaliste.
Juger les autres de façon aussi simple me fait penser à une phrase d’Aerosmith dans “livin on the edge”
If you can judge a wise man
By the color of his skin
Then mister you’re a better man that I
C’est pas Félix Leclerc qui disait qu’on ne doit pas juger d’un homme sans avoir marcher un mille dans ses souliers ?
Bonne réflexion Champion !
C’est moi !
En passant, moi aussi je suis un brin ironique Sylvain ! C’est surtout pour ceux qui prendrait tes écritures au pied de la lettre que j’ai écris. S’ils ne comprennent pas l’ironie dans ton texte, ils ne la comprendront pas dans le mien non plus et ce sera merveilleux !
Sans rancune
C’est moi !
Bonjour à tous,
Jeune enseignant, je souhaite partager ici quelques (demies) surprises récentes. D’abord, dans mes cours de sciences, mes élèves ne comprennent pas que je corrige et sanctionne les fautes d’orthographe dans leurs textes et leurs examens…
- Monsieur, on est en sciences, pas en français !
Justement, j’assistais aujourd’hui, comme enseignant invité, à un de leurs cours de français. Remise de notes à un examen récent : E, E, E-, D+, C-, E, E+, B, E-, D-, etc. Peut-être que 5 ou 6 élèves sur les 30 qui passaient… Mais les nombreux cancres en étaient fiers, quitte à ridiculiser les quelques rares qui avaient mieux fait.
Faudrait surtout pas passer pour des intellectuels.
L.Lamalice,
Si j’étais La Clique du Plateau, j’ajouterais:
Commentaire inutile à m’envoyer: Crime! C’est dans quelle école que les résultats sont bons de même? Nous autres aussi, on aimerait ça en avoir 5 ou 6 qui passent!