Lutte au décrochage: bien peu de bruits…

ecole-jy-tiensJ’ose croire que le bulletin de nouvelles de TVA n’est pas le reflet du réel intérêt de la population pour la lutte au décrochage scolaire. Alors que j’étais confortablement installé devant mon téléviseur afin de voir et entendre le compte-rendu de la conférence donnée par Madame Courchesne, notre ministre de l’Éducation, quelle ne fut pas ma surprise de constater que, après 10 minutes d’écoute, on n’avait toujours rien dit sur le sujet.

Vincent Lacroix.
Le gars de la SPCA.
Le ministre Whissel, qui démissionne.

Enfin. Après 15 minutes. 3 mots (ou 4) sur la conférence de Mme Courchesne. Pour ensuite enchaîner avec un reportage sur une école montréalaise qui offre la possibilité aux élèves de pratiquer un sport le soir dans le but de lutter contre le décrochage. Et il semble que ça fonctionne.

Belle innovation! J’ai travaillé dans 3 écoles qui proposaient le même produit.

Commentaire: On ne cesse de parler de sport et de sport pour les garçons comme si l’équation était simple: garçons = sports = persévérance scolaire.

Question: Qu’arrive-t-il si certains n’aiment pas le sport (j’en connais plusieurs)?

Ceci était un moment de mauvaise foi! :)

J’écrivais donc sur la conférence sur le projet de lutte au décrochage scolaire.

Les grandes lignes et mes commentaires:

1- Réduction du nombre d’élèves par classe au primaire

Hum! Ça sent le sapin déjà! « Nous allons aussi réduire de 10 % le nombre d’élèves [par] professeur dans les classes du Québec», affirmait Madame Courchesne lors de la dernière campagne électorale. Elle semble avoir pris soin d’ajouter le mot primaire à son discours pour ainsi avoir la liberté de laisser déborder certaines classes au secondaire. Après tout, c’est bien connu que c’est au primaire que les jeunes se tannent de l’école. Désolant.

2- Amélioration de l’aide aux devoirs

Excellente idée. J’aimerais cependant connaître le taux de participation des élèves. Au secondaire, disons que peu d’élèves utilisent ce service lorsqu’il est offert.

3-  Mentorat au secondaire

«Les élèves qui éprouvent des difficultés au secondaire nécessitent un accompagnement personnalisé. Pour que ces élèves bénéficient du soutien indispensable à leur réussite, le nombre d’enseignants-ressources sera augmenté au cours de l’année scolaire 2010-2011, passant de 600 à 800, et leur mandat sera redéfini. Ces élèves auront ainsi accès à des services de mentorat.»

Le projet existe déjà dans les écoles. Il n’y a pas de doute que cela donne un sérieux coup de pouce à quelques élèves.

Cependant, la définition du rôle de l’enseignant-ressource a été longue à mettre en place dans certaines écoles alors que certains directeurs utilisaient cette ressource pour s’aider (lire paperasse) ou pour aider d’autres enseignants dans leur gestion et leur préparation.

Aussi, malheureusement, plusieurs excellents enseignants deviennent d’excellents enseignants-ressources privant ainsi des classes de leur savoir tout comme certains enseignants ordinaires deviennent des enseignants-ressources tout aussi ordinaires. C’est cru, mais c’est ça!

4- Bonification de l’offre d’activités parascolaires

«L’organisation d’activités parascolaires permet aux jeunes de développer leur sentiment d’appartenance à l’école. Le nombre d’activités parascolaires sportives et culturelles sera donc accru dans les écoles secondaires.»

J’espère que le «para» du mot parascolaire sera pris en compte. Tristement, on doit maintenant se battre entre collègues (au sens figuré bien entendu) afin de garder nos élèves en classe, car, parfois, il y a beaucoup d’activités sur les heures de cours et peu d’enseignement: voyage ici, voyage là, activité sportive…

La société du loisir.

Oui, le parascolaire, mais pas au détriment de l’académique. Il faut lutter contre le décrochage, mais pas nécessairement former des analphabètes!

5- Implication du milieu, implication des parents

Essentiel. Sensibiliser les employeurs est capital puisque, malheureusement, certains élèves travaillent beaucoup et ne parviennent pas à accomplir ce qu’il faut pour assurer leur réussite.

Pour ce qui est des parents, je trouve toujours cela étrange que l’on doive leur rappeler de s’impliquer dans le cheminement scolaire de leur enfant. Ça ne va pas de pair? Non, ne me répondez pas…

6- Création d’un comité de vigie

Celui-ci «sera chargé plus particulièrement de suivre d’une manière continue l’évolution des taux de réussite, de diplomation et de qualification». Eh bien! Moi qui croyais qu’on avait suffisamment de gestionnaires divers dans le monde de l’éducation, il semble qu’on avait pas encore atteint le haut de la pyramide!

En résumé, de belles idées qui coûteront 200 millions par année: 6 fois moins qu’en Ontario, où on a décidé de réellement prioriser l’éducation.

Ici, selon mes lectures, les directeurs d’établissement d’enseignement commençaient déjà à s’arracher les cheveux de sur la tête en pensant à tous les documents qui s’ajouteront sur leurs bureaux pour permettre la gestion de tout ça. Hypothèse: on risque de voir de nouvelles secrétaires apparaître dans les écoles ou de voir certains directeurs devenir des fantômes!

Malgré mon côté pessimiste, je souhaite ardemment que ce plan donnera les résultats escomptés. Je pense que la persévérance se vit en classe tous les jours. Quand je cesserai d’y croire et d’espérer plus de ce qui forme une grande part de mon univers, on pourra sans doute affirmer que, moi aussi, j’ai décroché!

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Copyright © 2010 Charles Samares - Blogue d’un enseignant au secondaire. Thème inspiré de Laptop Geek. Traduction WordPress tuto.