La carotte… et la carotte!

carotte-et-batonHier, j’écoutais cet entretien entre Isabelle Maréchal et l’ex-juge Andrée Ruffo et je dois vous confier que ça m’a un peu réconforté. Cette dernière commentait l’accident qui s’est produit dimanche matin à St-Georges de Beauce alors qu’un jeune de 17 ans en état d’ébriété a pulvérisé un appartement en perdant le contrôle de son véhicule tuant sur le coup 2 personnes.

Madame Ruffo profitait de l’occasion pour poser quelques questions pertinentes:

- Que faisait un adolescent ivre de cet âge sur la route à cette heure?
- Quelles valeurs lui a-t-on transmises?
- Quelle éducation lui a-t-on donnée?

Nous sommes effectivement à l’ère du parent «cool», du super copain! On a remis au goût du jour le principe de la carotte en oubliant d’y inclure le bâton! Ainsi, finis les problèmes à la maison avec nos ados puisqu’il n’y a pas de règles, simplement des libertés!

Mes années d’expérience m’ont permis de constater cette nouvelle tendance. Je me rappellerai toujours cet élève peu travaillant, organisé et motivé, à qui les parents avaient promis un VTT s’il réussissait son année.

Ce dernier n’a jamais réussi et vous savez quoi? Il a eu le présent convoité tout de même! On voit tout le poids disciplinaire que les paroles de ces valeureux parents pouvaient avoir!

Ça, c’est sans compter les parents qui se rangent du côté de leur enfant lorsqu’il y a conflit avec l’enseignant: «Oui, mais Monsieur Samares, ma fille ne réussit pas bien, car c’est une aaaaarrttiiiiiiiisssssttttte!»

Il n’y a pas que les parents. Nous distribuons également les carottes dans le domaine de l’éducation. Nous sommes dans cette ère du tout cuit dans le bec et je le constate régulièrement en classe. Lors de la correction de certains exercices en groupe, à une question ardue dont personne ne semble avoir fait l’effort de chercher la réponse, les élèves attendent la réponse! Je n’ai pas encore abdiqué et je n’hésite pas à leur lancer: «N’attendez pas après moi pour la réponse, car vous allez attendre longtemps!» Ils bougonnent, se plaignent, mais, au moins, je me dis qu’ils auront appris à se dépasser… un peu!

Le nivellement vers le bas est enclenché à la vitesse grand V alors qu’un collègue me confiait qu’il avait vu sa pondération en français (5e secondaire) être modifiée cette année. De ce fait, alors qu’elle était la suivante en quatrième et cinquième année du secondaire avant le renouveau pédagogique:

- écriture: 50%;
- lecture: 40%;
- oral: 10%;

elle sera maintenant ceci:

- écriture: 40%;
- lecture: 40%;
- oral: 20%.

Pourquoi? Bien évidemment, les élèves réussissent en majorité leurs productions orales, ce qui n’est pas le cas à l’écrit.

Résultat: cela nous permettra de faire augmenter le taux de réussite en leur offrant la possibilité d’obtenir un diplôme en amenuisant l’importance de la langue écrite. Les élèves seront heureux, les parents seront heureux et le MELS sera heureux: «Chers citoyens, comme promis, nous avons augmenté le taux de diplomation de nos jeunes au Québec!»

Mais après, on criera sur tous les toits que les jeunes ne savent plus écrire!

Vous n’avez encore rien vu! Des collègues qui enseignent des matières différentes me confiaient récemment qu’ils ne transmettent qu’une partie des connaissances d’antan, car les jeunes sont débordés. J’ai constaté le tout hier en leur passant un vieil examen que j’utilise depuis quelques années et qui est habituellement assez bien réussi: panique, impossible à faire, «estie d’examen de marde»… Bref, certains n’ont assurément pas les acquis pour être en mesure de répondre aux mêmes questions auxquels mes élèves «pré-réforme » étaient soumis l’an dernier!

N’ayez crainte: j’observe également cette tendance hors des murs de mon école, dans ma vie de tous les jours. Mes enfants jouent au hockey et lors des matchs, la carotte y fait son oeuvre: certains parents promettent à leur enfant de l’argent si ces derniers marquent des buts! Pas s’ils jouent un bon match, pas s’ils font des passes: s’ils marquent des buts! Bravo pour la transmission des valeurs comme l’entraide et le travail d’équipe!

Tout ce qui compte, c’est la carotte!

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5 commentaires

Patrick
7 oct 2009 à 11:07

Concernant l’avant-dernier paragraphe: j’ajouterais que les élèves n’ont pas été habitué à la pression, à fournir un effort résultant d’une performance personnel.

Au primaire, on voit régulièrement des élèves pleurer durant de petites évaluations anodines car ils gèrent très mal le stress.

Je me demande si c’est un effet secondaire de la réforme, des parents ou un produit des deux?


 
Ally
7 oct 2009 à 17:28

Tiens justement …

Ce matin, lors d’un cours de première année du baccalauréat d’enseignement, nous avons étudié une nouvelle méthode - à priori - révolutionnaire en ce qui concerne l’apprentissage des langues secondes. La clef de la réussite serait de promettre une récompense à l’élève le plus méritant, par exemple une image pour les plus petits et - soyons fou - de permettre aux plus grands d’avoir leurs 15mn de gloire en leur offrant la place du professeur.

Étonnée de ne pas entrevoir une once de surprise face à cette méthode plus que douteuse dans les yeux de mes camarades, j’ai pris mon courage à deux mains pour faire part de mon point de vue (ma culture française m’avait interdit jusque là de montrer mon désaccord avec cet être supérieur qu’est le professeur universitaire).
Tomber dans la facilité et baser mon futur enseignement sur le système de la carotte, non merci !
Bien sur ce serait utopique de croire qu’avec de la bonne volonté seule nous pourrions donner aux élèves l’envie d’apprendre, le goût de voir plus loin qu’un simple exercice de grammaire qu’il oubliera vite une fois l’évaluation passée.
Mais en leur promettant systématiquement une récompense en retour de l’effort fourni, quelle valeur transmettons-nous ?

La réponse de mon professeur m’a laissé de marbre:
“Ton objectif est de transmettre un savoir à l’élève et pour cela il faut un objectif qui les motive. Ton rôle d’enseignant s’arrête aux résultats de leurs évaluations, ce qu’ils en font après, ce n’est plus de ton ressort, tu auras fait ce qu’on te demande …”

Apparemment, il faut que je remette en question ma vision de l’enseignement …


 
Charles Samares
7 oct 2009 à 20:07

Malheureusement, «réussir» n’est plus une source de motivation suffisante pour un grand nombre d’élèves: il leur faut une récompense immédiate!

Il est triste de voir que ceux qui forment les futurs enseignants se rendent un peu complices de cela… Cela ne me surprend guère par contre, car mes propres maîtres universitaires étaient, pour la plupart, assez «déconnectés» de la réalité scolaire quotidienne…


 
Chrlsbrg
11 oct 2009 à 17:06

Précision: j’ai eu la confirmation de la part de la sanction des études au MELS que la pondération, à la fin de la 5e secondaire, demeure à 50-40-10. C’est au moins ça!


 
Charles Samares
11 oct 2009 à 17:41

Tant mieux! Je suis heureux de voir que c’est ma commission scolaire qui a fait parvenir aux enseignants une feuille sur laquelle sont inscrites des informations «officieuses» et non pas «officielles»!


 

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